Haro sur les services publics

Haro sur les services publics

Orsay, son bureau de distribution de La Poste. Dernier centre réorganisé en Essonne, ses salariés sont en grève pour dénoncer la hausse de temps de travail que veut leur imposer leur direction. Je me souviens que nous étions nombreux à nous mobiliser lors du référendum pour empêcher la privatisation de la Poste. Mais cette bataille ne suffit pas. Il faut aussi refuser la libéralisation du secteur. Car on voit ici comment la mise en concurrence qui impose aux services publics d’être rentables conduit à y introduire des logiques désastreuses : management par le stress, dégradation des relations sociales, division des agents selon leur statut ou leur établissement. Comme les agents d’Orsay sont les derniers à être touchés, leur isolement est grand. Pour l’instant, ils bénéficient de la relative protection apportée par la proximité des élections régionales. La direction est obligée de retenir ses coups. Reste le coût de la grève elle-même. Au bout de 10 jours de conflit, il est considérable. Vous pouvez donc soutenir très concrètement les grèvistes en apportant votre solidarité financière. Envoyez vos chèques à l’ordre de SUD POSTE 91, à l’adresse suivante : SUD POSTE 91, 105 place des Miroirs, 91000 EVRY, mention Solidarité Orsay au dos du chèque.

Orsay, son université. Ici c’est aussi le service public. J’assiste à une rencontre avec les représentants des chercheurs et des personnels organisée par les sénateurs essonniens du Front de Gauche Bernard Veira et Marie-Agnès Labarre. Je vois ici une autre facette de la « réforme » des services publics. Quand des activités peuvent être récupérées par le privé car elles sont rentables, la droite au pouvoir affaiblit puis supprime les services publics qui les assume. C’est le cas d’une partie des soins assurés par l’hôpital. Quand il s’agit d’activités non rentables, elle ne pense qu’à faire des économies au détriment du service rendu. On le voit avec La Poste. Avec la recherche c’est un troisième cas de figure. La privatisation complète de la recherche est tout bonnement impossible car le savoir accumulé dans les établissements publics est inégalable et inachetable. Cette fois l’Etat fait preuve d’un volontarisme inhabituel. Avec l’Opération d’Intérêt National à Savclay, il prend les opérations en main. Il se déclare prêt à investir davantage. La somme pour le nouveau campus de Saclay, répétée mille fois par un pouvoir en mal d’effets d’annonce, change sans cesse. On parle maintenant d’un milliard d’euros dans le cadre du grand Emprunt. Seulement cet argent promis a une contrepartie qui n’a rien à voir avec le progrès scientifique ou l’intérêt général. Il s’agit de réorienter la production des chercheurs au service de l’industrie privée (terme officiel : l’innovation). Les universitaires se plaignent de la vétusté affligeante de leurs locaux. On leur en promet de nouveaux… dans le cadre d’une réorganisation complète de leur université qui la soumet aux impératifs de la rentabilité à court terme. Pendant que l’on échange des phrases ronflantes sur le pôle de compétitivité de Saclay, les personnels mesurent les conséquences très concrètes de ce changement de perspective : « gouvernance » assurée par des personnalités nommées et non plus par des représentants élus des chercheurs et des personnels, porte ouverte à l’explosion des droits d’inscription dans les nouveaux masters fusionnés avec les grandes écoles, soumission du projet scientifique aux axes du pôle de compétitivité défini par le gouvernement pour tenter de relancer l’industrie française. Déjà les grandes entreprises privées comme Sanofi-Aventis anticipent cette force de frappe qui sera à leur disposition en supprimant en partie ou complètement leurs labos de recherche. En plus rien ne dit que tout cela marche. En voulant faire cracher à la recherche publique toutes les sources de profit qu’elle recèle, les libéraux risquent vite de tuer la poule aux œufs d’or. S’en soucient-ils seulement ? Seul compte pour eux le court terme alors que la recherche a besoin du temps long.