Je suis passé rendre visite aux grévistes sans-papiers de Nicollin, à Vigneux. Je suis toujours impressionné par le courage dont ces travailleurs font preuve. Même lorsque l’on a des droits reconnus, c’est si difficile de se mettre en grève ! Eux prennent le risque terrible de l’expulsion. J’observe comment la lutte transforme ceux qui s’y livrent. Une solidarité nouvelle ou renforcée se fait jour. Chacun des participants au combat prend de l’assurance. Partout, les grévistes sans-papiers participent à des cours d’alphabétisation. Ils se saisissent des problèmes pointus du droit du travail. Ici l’intégration est en marche!
Dans ce centre de Vigneux, 6 grévistes n’ont toujours pas obtenu le fameux document CERFA délivré par leur patron. Et tous se montrent solidaires des 6 qui resteraient sur le carreau. Ce « CERFA » est le sésame pour demander ensuite une régularisation à la préfecture. Pourquoi leur est-il refusé ? Parce qu’il ne peut être délivré qu’aux titulaires d’un CDD d’au moins un an. Or plusieurs des grévistes sont titulaires de CDD plus courts ou de contrats d’intérim.
Nicollin recourt abondamment aux contrats précaires. Ainsi, l’un de ces intérimaires travaille pour l’entreprise depuis plus de 16 ans ! Nicollin est une entreprise de ramassage d’ordures ménagères. Ce n’est vraiment pas une activité saisonnière. Ni une mission de courte durée. Elle bénéficie en effet de concessions de la part des communes pour de très longues durées. La grève des sans-papiers met donc à jour une préférence pour la précarité du travail non seulement systématique mais aussi parfaitement abusive. En cela, les travailleurs sans-papiers défendent bien les droits de tous les travailleurs, victimes directement de la précarité du travail, ou indirectement sous la forme d’une pression constante à la baisse des droits sociaux.
Que faire ? Heureusement, nous ne sommes pas impuissants face à ces politiques patronales. Non seulement il existe une inspection du travail chargée de faire appliquer la loi à laquelle on peut donner des moyens supplémentaires. Pour cela il faudrait bien sûr une autre majorité que celle de l’UMP au pouvoir. Mais même aujourd’hui, les collectivités locales dirigées par la gauche peuvent agir en inscrivant des clauses sociales dans leurs marchés publics. Ainsi toute société travaillant pour une collectivité de gauche devrait être empêchée d’encourager de la sorte la précarité du travail. Il est en effet insupportable de voir des entreprises vivre de l’argent public tout en méprisant les exigences d’intérêt général. Nous défendons la mise en place de telles clauses pour la Région Ile-de-France. Ce serait un moyen de pression très efficace contre ceux des employeurs de sans-papiers qui laissent leurs salariés crever la gueule ouverte. Et je trouverais très positif pour ma part que les communes de Montgeron ou de Vigneux adoptent de telles clauses. Ceci serait sans doute la seule manière de faire plier Nicollin et d’obtenir la régularisation de tous les sans-papiers qui y travaillent.