Rétropédalage ? Hélas non, surplace

Rétropédalage ? Hélas non, surplace

Je veux bien que les symboles comptent en politique, mais le contenu concret aussi. Le Bureau national du PS qui s’est tenu mardi dernier a certes recadré la communication de Martine Aubry sur l’abandon de la retraite à 60 ans. Nos protestations y sont pour quelque chose. Hélas le communiqué unanime du PS ne change rien sur le fond.

Cela fait quelques jours que Martine Aubry tente laborieusement de revenir sur ses déclarations. Ca ne vous rappelle rien ? Ségolène Royal était une experte en la matière. C’en était devenu une méthode de campagne. D’abord une déclaration provocante, puis des rectifications trop subtiles et tardives pour effacer l’effet produit. Au passage, un « tabou » en moins !

Ainsi Martine Aubry prétend qu’elle a juste constaté que les Français partaient après 60 ans (alors qu’elle a déclaré explicitement « on doit aller très certainement, on va aller très certainement, vers 61 ans ou 62 ans« ). Après avoir salué la fin du tabou de la retraite à 60 ans, les dirigeants du PS accompagnent ce prudent repli en écrivant dans leur communiqué que « l’accroissement de l’espérance de vie, associée à une arrivée plus tardive sur le marché du travail, entraîne un départ réel à la retraite à 61, 62 ans« .

Les experts en matière de retraites auront noté le contre-sens. Les autres peuvent relire cette phrase en apparence anodine. Allez je vous aide. Contrairement à ce qui est écrit, l’allongement de l’espérance de vie n’est pour rien dans les départs de plus en plus tardifs. Sinon jamais la retraite à 60 ans n’aurait vu le jour après que l’espérance de vie ait augmenté de manière considérable pendant près d’un siècle depuis l’instauration de la retraite à 65 ans. Les départs de plus en plus tardifs ne sont pas une conséquence de la démographie. Ils sont le fruit d’une décision politique : l’allongement de la durée de cotisation mis en place par la droite. Pourquoi cet oubli ? On touche là le fond du problème. Le PS renonce à contester ce choix, quand bien même celui-ci remet en cause en pratique le droit à la retraite à 60 ans.

C’est pourquoi il ne lui reste plus que la réaffirmation vidée de sens de l’attachement à la retraite à 60 ans. Le communiqué du Bureau national se prononce vigoureusement pour « le maintien de l’age légal du départ à la retraite à 60 ans, c’est à dire la possibilité de faire valoir ses droits, quel que soit le montant de sa retraite« . Oui vous avez bien lu, quel que soit le montant ! Le droit à la retraite à 60 ans est devenu le droit de partir avec des retraites de misère ! Et même sans rien s’il le faut. Non mais !